A propos de Tess et Raoul précédé de Breuilles...


"Tess et Raoul précédé de Breuilles",
Cécile Delalandre, Editions Le Bateau Ivre 

 
Jean-Pierre Daliès, éditeur. « Cécile Delalandre est un cas. Contrairement à nombre d'apprentis écrivains besogneux qui pullulent comme autant de candidats à la FB Academy et qui s'échinent péniblement à singer la coqueluche du moment généralement américaine, tous ces Céline au petit pied, ces Buko en Chantelle, ces Maurras de pacotille, la Delalandre, elle, continue son chemin, droit devant elle, avec son sourire espiègle d'amuseur public qui se moque de tout à commencer par elle, mais jamais des autres, tant elle est gourmande avide des autres et de la vie, autant que des arts, en quête permanente d'un texte, d'un tableau d'une musique qu'elle nous offre en partage. 

 Et lorsqu'elle s'est gavée à satiété de cette pâte humaine dont elle est si friande, elle retrouve son goût profond de la solitude, se retire dans son monde, sa forêt, et elle écrit. Des textes, qui lui ressemblent. Et comme la Delalandre ne ressemble à personne, ses textes ne ressemblent à rien de connu. Bien sûr on peut tenter de lui trouver des affinités. Comme Lewis Carrol ou encore Boris Vian, elle nous fait d'emblée pénétrer dans son univers, un monde étrange, peuplé de créatures très réelles ou bien imaginaires.

Et puis il y a le style, incomparable. par son vocabulaire trois ou quatre fois plus riche que celui de n'importe qui d'un peu cultivé, mais surtout par la manière dont elle joue avec les mots, avec leur sens autant qu'avec leur musique et toutes les images, les odeurs, le goût et le toucher qu'ils charrient comme un torrent, sollicitant non seulement notre cerveau par leur télescopage, mais tous nos sens dans une fête paysanne, sensuelle et parodique, somme toute baroque. C'est du Brueghel du Bosch ; il y a du surréalisme mais un surréalisme qui a pris de la chair et des tripes et qui pourtant peut traverser des paysages que balaient un vent glacial, comme dans un tableau d'Edward Hopper ou de Nicolas de Staël.

Et elle nous sert cela en vastes louchées de tripes, qu'il faut déguster lentement, parce qu'en trois mots elle nous campe tout un univers.




Michel Gros Dumaine: « Petit cri tripal… C’est un beau cadeau qu’offrent à la littérature les Editions du bateau ivre en publiant Tess et Raoul précédé de Breuilles. Faire le pari de la langue et de la déroute qu’elle porte en elle comme le projet même, perpétuel de la littérature, c’est bien ce à quoi convoque l’écriture viscérale et féconde de Cécile Delalandre.

Une écriture qui ne masque pas sa source primale, originaire, là où "Ma première défense fut un cri, un cri comme un morceau sorti de mes entrailles et dont le son me plut" et dont le texte dans son corps de patchwork éclaté cherche inlassablement dans les sonorités multiples de notre humanité l’unité fuyante de notre condition d’Être. Les mots, ici, se saisissent de l’être-là obscur et brutal des choses et participent d’une littérature de leur torsion, de leur dévoilement. "Tel un mercremanche" peut-être où "Entre chiens et loups je me fais chat pour dérober à la nuit la lueur de ses ombres." Il y a là nichée dans l’écriture une phénoménologie réinventée qui adoucit et brutalise d’une même lucidité la conceptualité où nous tenait jusque-là dans une réclusion pantoise la discipline philosophique. Déroutement, donc, où la pensée littéraire de Cécile Delalandre me convoque pour mon plus grand bien et je l’espère celui de ses nombreux lecteurs. Pour le reste on ne sait rien."





Lionel-Edouard Martin: "La poule et le couteau… On est, face à certains textes comme une poule devant un couteau – mais pas n’importe quel eustache : le beau canif à manche de nacre et à la lame aussi futée qu’affûtée, sans, ciselé dessus, le gros sabot, mais plutôt la fine mouche – et qu’on présume à miel. Il est là devant vous, le fleuron de la coutellerie de noble origine, qui brille de mille éclats (de rire, s’il faut le préciser), ouvert au grand soleil, et on est là, soi, qui se demande comment on pourrait bien l’attraper par la queue pour le montrer, devenu tout à coup souris verte, à ces messieurs et dames – difficulté de la critique, face à l’atypicité de certains beaux livres. 
Tess et Raoul précédé de Breuilles, de la chère Cécile Delalandre, c’est un peu le précieux canif égaré sur la pelouse des mornes plaines estampillées littérature contemporaine, et toi, lecteur, tu fais la poule ‒ forcément de luxe, un certain faste se révélant contagieux dès qu’il est stylistique.C’est que, placé sous les auspices d’Henri Michaux, le livre s’ouvre par un paragraphe de cet acabit, qui n’est pas, on en conviendra, l’incipit de n’importe quel ouvrage : C’est en Octobre, mois choyé des sorciers et des anges gardiens, que je parcourus le long tunnel de la muqueuse avant que ne se déchire l’isthme qui jusqu’alors me reliait à sa chair. C’est là que naquit l’ombilic, seul comme une cicatrice. (p. 15). 
 Pour une naissance, c’est une sacrée naissance : celle d’une voix ‒ je ne dis pas d’une narratrice : ça raconte certes, mais là n’est pas l’intérêt principal du texte, plus poème en prose (mettons narratif) que roman ou nouvelle(s) ‒, voix qui ne va cesser, tout au long d’une centaine de pages, d’y aller de ses métaphores et comparaisons de haute saveur et de couleur non moindre : Les poings du ciel, rouges comme un babybel (p. 20) ; Ces feux follets bleutés déculottent mon attention (p. 23) ; l’eau brune où mes yeux sans bouées vont noyer leur regard (p. 24) ; etc. et de tirer les feux d’artifices de ses jeux verbaux, plus proches du toro de fuego que de la petite fusée pétaradant dans le ciel noir ‒ un des principes de cette écriture jubilatoire étant de prendre le mot au mot : Derrière ma nuque, un vieux chêne agitait ses chatons en miaulant une saudade (p. 27) ; Les chiens et les loups s[e] léchaient sur un tapis de ciel dont l’exquise veloutine venait frôler la peau de notre promenade (p. 35) ; J’aime le crépuscule et ses promesses de couchant qui me laissent courbée sur le livre de mes heures. Je passe mes nuits à peindre les enluminures de mes insomnies sous les draps de ma retirance… […] Et puis quand vient l’aurore, mon verbe devenu miniature se fond sous les paupières de mon sommeil gras (p. 55) Je dis bien jubilation verbale : Cécile Delalandre a ce talent d’écrire comme personne, me semble-t-il, n’écrit aujourd’hui, de créer par les mots ‒ matière, non pas outils, de son écriture ‒ un univers d’une irréalité toute poétique. Ses procédés vivants rappellent un peu ceux d’un Max Jacob, d’un Michaux sans doute, voire d’un Jean-Pierre Verheggen : rien de naïf, en tout cas, ni de spontané, ni d’artificiel pour autant, dans cette rhétorique (au sens d’art d’écrire) délectable où se révèle en sourdine une belle érudition littéraire, nourrie de lectures ‒ Ponge, Rimbaud, Céline… ‒ rappelées en clin d’œil, voire convoquées et allègrement pastichées (cf. Voyage au bout de la sève, p. 29) tout au long d’une prose truffée d’alexandrins (magnifiques) de facture rigoureusement classique : mon aube azur d’outrème aux écorces de bleu, mon phénix au corps feu qui rue dans mon sang fauve (p. 53) ou parfois volontairement plus approximatifs (abandon des « e » muets, mais respect marqué d’un rythme aisément reconnaissable) avec recours à un système de rimes qui vient théâtraliser cette splendide prose à dire : Soudain sur mon pavé, on cogne à ma croisée. C’est la main d’une femme qui a heurté la mienne en brisant tout à coup mon voile de cérumen et mon idée a fui entre les barbelés (p. 55). 
On rit, on sourit, on s’émerveille devant cette aptitude, comme le dit peu ou prou Guillevic dans un de ses poèmes les plus célèbres, à « tirer parti des mots », à écrire une littérature qui ne résulte pas d’une simple activité de rédaction mais d’écriture : preuve, s’il en fallait, qu’une oeuvre belle peut être drôle, et que l’humour, dès qu’il est fin, n’est pas l’ennemi de l’esthétique – et encore moins de la poésie. Tess et Raoul, «monstre étrange » s’il en est dans le concert actuel (pas mal cacophonique) de la littérature, nous rappelle qu’il existe un plaisir de et à la langue : la tirer dévoile mieux ses papilles gustatives, croyez bien que Cécile Delalandre ne se prive pas de lui faire prendre l’air. »


Dominique-Emmanuel Blanchard : « Il est des livres qu'il faut savoir aborder en renonçant à soi. Des livres de l'autre côté.Des textes littéraires qu'on ne saurait pas écrire. Qui résistent. Qui ne se donnent pas comme ça. Tess et Raoul, précédé de Breuilles de Cécile Delalandre est un de ces livres qui ne semblent pas avoir été écrits pour vous. Pourtant vous insistez, vous vous y reprenez à plusieurs fois. Cécile Delalambre ne racolle pas. C'est comme ça. Elle a sa langue. Ses mots. Tenez : breuilles. J'ai été voir ce que c'était : Viscères trouvés à l'intérieur des poissons, qui doivent être enlevés pendant la préparation culinaire avant la cuisson. Et le lemme donc ! Le lemme, ou lexie ou item lexical, est l'unité autonome constituante du lexique d'une langue. Et ces jours de la semaine : vous connaissiez le mercremanche ? C'est le jour où Tess « prend son short, sa calame, un tonneau de vin et une casquette de capitaine… D'un monde l'autre... Au passage on croiserait Prévert, Vian, et Zazie qui en aurait marre du métro et préférerait le bateau. Vivre est un village où l'on ne rêve jamais assez. Mais on y vit d'attentes et d'ardeur. Voilà un livre où la littérature est au rendez-vous. Ce n'est pas si fréquent. »

 

Carmen Pen Ar Run: « Un livre à lire à chair ouverte et en pleine conscience. Un livre qu’il est nécessaire de relire pour identifier le goût de certaines mignardises qu’une première approche, trop rapide, n’aurait pas permis de savourer. Une étrange lecture qui, sous une note de tête jubilatoire cache une note de fond dramatique. 
J’ai lu Tess et Raoul précédé de Breuilles cet été et - alors que cette lecture m’a enchantée – j’ai reporté depuis, de jour en jour, l’écriture de mes impressions de lectrice. Comment mettre des mots sur un texte qui nous offre un tel feu d’artifice de sensations ? Mes mots ne risquent-ils pas de desservir un univers dans lequel on entre par la lecture d’un poème d’Henri Michaux, suivi par un premier chapitre intitulé Lemme – un accès en littérature par une porte qui promet au verbe un beau déploiement. « Ma première défense fut un cri, un cri comme un morphème sorti de mes entrailles et dont le son me plut. Sa désinence en si primal, n’en finissait pas de chanter dans ma bouche… » 
Ce livre provoque un électrochoc, il bouscule, tant la beauté et l’horreur (mais peut-être n’est-ce pas le mot juste) se disputent le premier rôle. On croit s’aventurer dans un chapitre bucolique et la réalité devenue loup, tapie derrière le buisson d’un paragraphe, nous surprend au détour de notre chemin de lecture. « Tess a le cœur jaune depuis qu’à sa fenêtre elle a vu des coquelicots avaler goulûment le pré de son carré. C’est un Mardredi gris. Elle s’en fout, son herbe est rouge ; elle exhale comme des notes bleutées d’un instrument à Vian… » (extrait de Tess peint). Il y a de la couleur, de la musique, de la poésie, de la Commedia dell’arte et de la tragédie grecque dans cette écriture et un tempo fou tenu par des percussions de grande portée où se mêlent les sonorités du Symphonic Metal au rythme du Jazz. Vous l’aurez compris cette lecture rend les synapses joyeuses et ce malgré un final en apothéose qui donne raison, en toute logique, au réalisme d’une force pénétrante, à la manière d’ Egon Schiele. 
Pour finir un extrait d’Accroc : « Le gilet de laine noire de Tess a un gros trou juste sous son sein gauche par-dessus son cœur ploum. Des courants d’air glacial s’y plantent comme des morsures de rats. Ils s’infiltrent dans ses tripes pour y larguer des crampes qui s’agrippent méchamment aux parois de son vide. Ça lui fait des spasmes à l’âme et ça déchire la toile de son intime gouache. Elle a mal. »


L'autre Hidalgo : « Video-tape avec engin enregistreur de sonorités » (Libre-adaptation du roman Tess & Raoul de Cécile Delalandre)

Bruitages & mise en ondes : Am Lepiq (Monsieuye) -

Assistant : Maurice Roche

Photographie & dialogues Lucien Suel

Scénario (krrr.)



Acte 1

Au pied d'une statue - parc Monceau

Statue de Maupassant (couleurs!)

Le chien andalou de Bunuel Luis photo-femme (N&B)

Tess n'est qu'amour – liquide

On imagine bien le passage à :



l'Acte 2.
( Pendant lequel on ne parvient plus à se concentrer sur la statue)

Un éclair …… la nuit

Un éclair …… la nuit

Un éclair …… la nuit

Les visions & les auditions de Tess

Astronautes en couleur

On entend aussi un son cristallin-joyeux



Acte 3

Encore dans le parc Monceau !!! mais la nuit...

Entrée brutale de l'aveugle ! et c'est le long cri de Tess

Reproduction du cri de Münch en N&B. choisir une reproduction de lithographie (gravé dans la pierre, le cri sera plus glaçant !) et sa

course hurlante, éperdue, tout le long du 

chemin ( voix très basse des gros* graviers)

soudain…

Hors-champ dans la salle : couinements de portières… (on reconnaît très nettement une portière de Gran Torino!)

C'est l'entracte : ice-cream & caramels mous ! Pas de sodas : les placiers se déplacent sur des skates tout terrain (pas de bol, le drive-in [non ce n'est pas une salle!] est installé dans un champ boueux) risques de coulures !

Photo de spectatrice (on l'appelle Laia Cabrera) dans champ boueux - couleurs : rouge sur marron-gris !!! [hmm-hmm!]



Acte 4

Entièrement dans le crâne de Tess

Grand chahut d'ondes alpha entre les parois dont seuls des oscillographes peuvent témoignés

photo shellac



Acte 5 [ ça se précise! ]

Dans un back-room ou les toilettes du bar du parc Monceau [le choix n'est toujours pas arrêté !]

Réveil avec enluminures 

Yeux fous

okkult motion pictures : séance d'hypnose très réussie !

Lèvres avec trop-plein de bière

Photo de mousse verte (appel à témoins / portrait-robot à diffuser très largement) brutale & surprenante la fin !

C'est l'heure il faut y aller !

Photo end (peu importe le choix, ce sera toujours un soulagement !)

TkRw - les bonus -



* On pourra regarder, à profit, le Tempestaire de Jean Epstein pour s'imaginer la grosseur de l'angoisse ! (vague rumeur sur les banquettes arrières !)

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