Nature morte


Rachel Ruysch, Vanité.

On hésite entre une salle de ponte et une alcôve de lupanar. Ça fornique, gigote, aspire, suce goulûment la sauce rouge. Ça court entre des lambeaux de muqueuse brune. Ça creuse des galeries, longe des venelles de nerfs, clapote dans le pus, grouille sur la peau déjà verdâtre. Personne n’a raté le rendez-vous : larves, pupes, vers dansent la gigue en aspirant la vie de cette chair inerte tandis qu‘en dessous noirs la mouche carnière fouette ses imagos animant la partouze de la putréfaction. Tess leur a offert son corps, ils en ont fait leur lit. Trois semaines qu‘ils s‘y vautrent.

Le sang a coulé de son bras et s’est figé comme une lave sèche sur les lattes du plancher. La veine tranchée de son poignet a ouvert la chantepleure d’une autre vie, une vie qui pue tant la camarde qu‘elle a chassé l’odeur de tabac froid, celle qui s’agrippait aux tentures larmoyantes de Tess. Le quartier de lune que dessinaient ses lèvres est resté crispé sur sa bouche bleuie et son regard a bu le filtre du néant. Elle a rejoint la tulipe de plastique qui gît sur l’étagère comme une nature morte.

Ce qui tue surtout c’est le bruit de la puanteur toujours. Tess est morte seule sous son toit comme une banale routine. Elle devait l'être depuis très longtemps. Il y a un mot sur le frigo.

« A sale vie, sale mort »

Marie-Claire , la mouche de Raoul jubile sur son bras. C'est peut-être elle qui l'a décidé à mordre la vipère. En fin. 

Pour le reste on ne sait rien. 

 
©CD


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