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Etre poète

Etre poète ça n'est pas une posture. 
Etre poète c’est marcher sur des échasses en 
raclant la terre avec sa binette.
C’est se railler du temps en plantant des 
chrysanthèmes au creux des fonds baptismaux 
vidés de leur petit lait.
Etre poète c’est commander trois kilos de tripes 
à son boucher en dansant la gavotte sur un air 
de Cyrus Bassiak.
C’est aller va-nu-pied sur l’asphalte encore 
chaud des amours naissantes.
C’est éplucher des oiseaux en becquetant leurs 
ailes sur des toasts aillés.
C’est boire à la paille des bateaux qui pétillent 
sous des becs de gaz.
Etre poète c’est tresser des rochers pour en 
faire des chignons sur la tête des mouettes.
C’est écosser les yeux des chats pour en faire 
des sautoirs sur le dos des moutons.
Etre poète c’est ne pas écrire des poèmes, c’est être poème.
@CD, Mai 2017

Ombre

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J'ai convoqué mon ombre.  Pas libre. Me suis tournée vers ma lumière.  Epuisée. Me reste l’écluse.
M'y suis posée.
J’attends la marée. La lune a changé ses tempos. C’est long. je tricote des bouts et voile mes impatiences.

© CD

Coïtude

J’ai dans la queue des pourquoi qui anguillent Dans l’air De longs tétards qui saignent des larmes de vase Amère J’ai l’étant qui s’ensperme et le coït qui doute Ma terre a la chair  faible l’homme a bouffé Sa croûte
A quoi bon des semailles Qui germeront sous verre Atrophiées des entrailles Prisonnières sous la serre
Je veux jouir sans semence dans des calices Stériles Aimer sans rejetons jeter ma gourme Aux arbres Fertiliser les champs de mes poussières D’argile Semer mon ADN  loin des sanctuaires De marbre
La  bourse reine mitraille De grenades numéraires La vie qui s’encobaye des petits d’homme de terre
ça bouscule mes reins sur des riens dedemain Niquer tous les banksters en leur laissant la dette faire l’amour à ma femme en partageant le gain de l’unique plaisir qu’aucune carte n’achète
J’ai dans la queue des pourquoi qui se cognent J’aère De longs tétards qui saignent des larmes de vase Amère J’ai l’étant qui s’ensperme et le coït qui doute Ma terre a la chair  faible l’homme a bouffé Sa croûte ©CD

L'engoulevent

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L'oiseau qui boit le vent en volant...
    (L'engoulevent dont le nom me plaît beaucoup est devenu l'emblème des landes du Morbihan)





La nuit, il ronronne...

Never mind....

Texte : Cécile Delalandre
Musique et arrgts : Bertrand Lacy

Kissland

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Dominique Hoffer
C'est un Mercremanche, jour de pot-au-feu, que j'ai pris ma décision. Longtemps je l'avais gravée sur ma pierre, mais longtemps, je ne l'avais pas décidé. C'est le fumet des carottes et du poireau qui a sans doute poussé l'escampolette à l'extérieur de moi. Ces fumeuses odorantes volutes se sont glissées en douce de mes narines à mes esgourdes, et sont venues tacler mon humeur de ce gras matin de Mercremanche. J'ai entendu : Pars! Je suis partie. Donc.
J'ai pris mon short, mon calame, un tonneau de vin et une casquette de capitaine. Sur le quai de mes brumes, j'ai acheté un bateau, hissé ses voiles, chatouillé sa brigantine, escaladé le mat de misaine, mais rien, rien n'a même gigoté sous la houle. L'embarcation ne bougeait pas d'une vague. Peine perdue en effet, on ne m'avait pas précisé qu'il s'agissait d'un navire à air comprimé. Je dus donc louer les services d'une centaine d'accordéonistes …

ADN

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Epigenetics, Matthew Forsythe

La molécule reine a bâti sa spirale pour sceller dans l’espèce l’estampillé dédale d’un génome dont l’empreinte à l’ancre d’un index S’est fixé à jamais sur les pages d’un codex.
J’aurais pu naître fleur, m’empétaler la vie déployer mon calice à des champs éblouis Me laisser effeuiller par une fille en fleur espérant sur ses lèvres d’un amour la liqueur.
J’aurais pu naître chêne pour que dans ma ramure
Chante tout l’univers quand le vent y murmure Ou caresser le ciel de mon feuillage malin Qu’un couple de mésanges aurait rendu taquin
J’aurais pu naître lionne sur la terre d’une Afrique
Et chasser l’antilope en une course lyrique Où rugirait Berlioz comme un Faust damné Qu’une morsure de diable aurait déchiqueté
J’aurais pu naître vers et labourer la terre
Comme une vieille charrue que pousseraient mes frères mes anneaux serpentins traceraient un sillon Où le bec de la pie y trouverait mouron
Comme la fleur, le chêne, la lionne ou bien le vers
J’ai dans ma chair des nu…