26 juil. 2016

Prix HORS CONCOURS


Les Editions LE BATEAU IVRE et mon livre « TESS et RAOUL précédé de BREUILLES » ont l'honneur et le plaisir d'avoir été sélectionnés pour le Prix HORS CONCOURS 2016 organisé par L'Académie Hors Concours.


« Le prix de l'Edition qui n'a pas de prix »




« Le prix Hors Concours est construit sur le modèle des grands prix littéraires tout en proposant une structuration originale. Il propose une porte d’entrée vers les auteurs de l’édition indépendante. Construit en trois temps, il permet à l’interprofession de découvrir l’actualité de l’édition indépendante. Il promeut les meilleurs titres sur les réseaux sociaux, en librairies et en bibliothèques. Il permet enfin au grand public de découvrir une sélection qualitative des auteurs publiés dans l’année.

1.La sélection
• Juin 2016 : Les extraits des titres des auteurs en compétitions, issus des catalogues d'autant d'éditeurs indépendants (chaque éditeur propose un titre), sont compilés dans un catalogue collectif.
• Ce catalogue est envoyé à 300 professionnels du livre (libraires, bibliothécaires, auteurs et éditeurs non-participants, institutions du livre).
• À partir de ces extraits, ces professionnels opèrent une pré-sélection de 8 titres.
• 3 octobre 2016 : Cette sélection est dévoilée dans une conférence de presse à la Société des Gens de Lettres, en présence des participants et des partenaires. Les extraits des 8 titres finalistes sont lus par leurs auteurs.

2. Promotion des 8 finalistes
• 10 octobre au 10 novembre 2016 : Ces lectures sont diffusées sur les différents supports de communication du prix Hors Concours et de ses partenaires. Des lectures en librairies et bibliothèques pourront être organisées.

3. Désignation du lauréat, remise du prix
• 10 novembre 2016 : Le jury composé de journalistes littéraires se réunit et délibère en huis clos. À partir des textes complets, il désigne l’auteur lauréat.
• Une soirée de remise du prix est organisée en présence de la presse et de l’ensemble des participants. L’Académie Hors Concours et ses partenaires remettent le prix, et sa dotation, à l’auteur lauréat.
• L’auteur est invité à promouvoir son titre à l'occasion de Livre Paris.
• Il est le parrain du prix Hors Concours 2017."


A noter que BABELIO est l'un des partenaires du Prix Hors Concours... Découvrez-y les 50 auteurs et Editeurs indépendants sélectionnés.



25 juil. 2016

A propos de "La Valse Nue" de Phil Baron






Tout a débuté par un soufflet quand le feu d'artifice a cessé. Elle a dit  - "Tu sais, ça ne va plus être possible". Il a dit - "Salut, bonne route!" et il est parti sans se retourner. Il a laissé sa terre aux bons soins de son passé emportant avec lui l'argile de toutes ses gammes et son accordéon lui a joué une valse nue qu'il va peu à peu vêtir d'un nouveau tempo.


Lui, c'est Luc, le personnage. L'autre c'est Phil Baron, l'auteur de cette "Valse Nue", un roman en grande partie autobiographique publié aux Editions Ilô. « La Valse Nue » est le premier roman édité par cette jeune maison d'édition installée à Paimpol et créée par l'auteur lui-même. "On n'est jamais si bien servi que par soi-même"... Phil Baron a pris ce risque et il a bien fait ! Sans cette audace, nous n'aurions pas pu découvrir ce très joli roman magnifiquement écrit.
 

Ce serait comme un « road-tripes » où les mots sculptés à coups de bédane dans la glaise d'une singulière et belle poésie nous invite inéluctablement à pénétrer l'écran et à marcher dans les pas de Luc. Il y a les images, les sons, les odeurs, les couleurs, le décor des lieux qu'il parcourt, les traits si bien campés des hommes et des femmes qu'il croise ou rencontre, tout y est pour permettre au lecteur de se laisser aller à ses côtés. L'émulsion pleine de sensibilité et de réciprocité opère. Et puis, il y a ce style aux phrases courtes et si authentiquement précis, mais surtout, il y a l'homme... l'homme, sa quête et son accordéon. Il n'est pas parti pour fuir, ni pour renaître, il est parti pour continuer, différemment, sans se délester de ses notes. Trouver l'accord parfait, fut-il mineur !

"je devais me sentir spécial pour ciseler de l'unique", écrit-il lorsqu'il arrive au Maroc, sa première escale, tandis que derrière son propre combat, gronde la guerre du Koweit et que le mur de Berlin s'apprête à tomber. Il débarque à Al Hoceïma. Il n'y reste pas longtemps, assez cependant pour qu'on y retrouve les effluves d'éther que traversait Meursault dans les rues d'Alger, pourtant loin de son histoire et à des centaines de kilomètres. Mais les mots de Phil Baron renvoient à la même atmosphère. Luc, dans cette petite ville des abords du Rif, pour des raisons différentes du héros d'Albert Camus, est un étranger. A l'instar de Meursault, Luc est nu, solitaire, loin des conventions de la société, en quête de sa vérité. Mais cette petite ville, belle, propre, blanche et odorante n'est qu'un sas. Il y est en suspens, il cherche encore. 
 

Et tandis que "La guerre finissait au Koweit, […] les puits de pétroles brûlaient, les irakiens enterraient leurs morts. […] j'ai été prêt. Je savais où aller maintenant. C'est comme si c'était prévu depuis l'été dernier, quand je m'y étais retrouvé avec Virginie. Pas pour reprendre cette histoire-là : juste parce que c'était l'endroit idéal". 

Prague ! Prague et le pont Charles, Prague qui nous happe avec lui, son froid, son accordéon, ses personnages, ses galères et puis pour finir Jana : "Cette fille est un roman. Une symphonie. Un feu d'artifice. […] J'avance vers elle comme sur un tapis persan posé sur un décor de dessin animé. Je m'attends à voir arriver un lapin parlant, un couple de putois dansant les claquettes. Elle est seule dans ce bois enchanté, singulière comme une virgule diagonale"


Au loin on entend le petit accordéon diatonique jouer une valse … " -tu fais quoi demain?", lance Luc… " -ben demain soir, je prends l'avion pour New York. Entre-temps, rien".


Sa valse s'est habillée de Jana et Luc a pensé: "Ce sera une bonne journée".


... et pour longtemps! ai-je moi-même songé en refermant le livre, heureuse pour Luc... et pour Phil Baron. Enchantée aussi d'avoir pu danser sur une si belle partition.

©CD, juillet 2016


 
* "La Valse Nue" est disponible sur commande dans toutes les librairies francophones et librairies en ligne grâce au distributeur exclusif Pollen Littéral Diffusion Distribution, et sur la boutique Kindle pour la version numérique, ou directement sur le site des Editions Ilô








23 juil. 2016

Souris


                                                          " Yato bâillonné", ©CD

Souvent dans la rue je souris aux chiens. Leur petite gueule s'élargit et leur truffe tressaille. Ils me répondent et ça me fait un petit bonheur en plus du vent sur mes joues. Avec les humains, à part leurs petits, c'est plus difficile parce que leurs yeux parfois se terrent sous leurs ombres. Mais le pire c'est avec les chats. Avec eux c'est impossible. Ça fait des années que j'essaie. Il leur arrive de me cligner leurs yeux ou de me ronronner, mais ça ne me suffit pas. Je voudrais qu'ils me fassent comme les chiens ou les bébés d'hommes avec leur bouche et leurs yeux qui éclairent le jour. C'est pareil avec les vaches ou les calamars. Jamais ils ne m'accordent leur sourire. Je sais bien que chacun s'arrange comme il peut avec l'agencement des peaux et des muscles, mais ils pourraient quand même essayer de me lancer des petites étoiles à travers leurs prunelles. Ça, ça ne fait pas appel à la manière dont ils sont conçus, ça vient juste d'un petit jet de coeur. Parfois je me dis qu'ils le font quand même et que c'est moi qui voit mal. Pourtant je scrute avec application. Mais rien.

Yato ne me sourit pas non plus et bien qu'il me cille, son regard est dur, arrogant même parfois. Mais je ne lui en veux pas du tout. On est arrimé à la même ancre et on s'aime beaucoup. Yato n'est pas méchant. Jamais de ses chasses il ne me rapporte un oiseau, une souris, un mulot ou même un éléphant. Il préfère me ramener des feuilles, des petites branches, des pétales de fleurs. Yato est un chat poète. Ce sont les plantes qui lui en veulent. Souvent, elles le bâillonnent…

Demain je tenterai un sourire à mon agapanthe.

©CD, juillet 2016






 

21 juil. 2016

"L'Enfance de l'Art"... "Le talent ne suffit pas à faire l’artiste" par Virginie Jouannet




 "Calendos"
(Amusade by Cécile Delalandre)



"Si on cherchait la trace d’origine dans chaque réalisation humaine sans doute trouverait-on l’empreinte d’un rêve ou d’une envie.

Envie, quel joli mot ! En vie. Irrésistiblement je pense au Qi, cette puissance vitale qui prend racine dans le bas du ventre et qui anime, qui est aussi l’énergie sexuelle et créatrice. Le Qi permet à la vie de circuler joliment dans notre corps en tourbillons successifs.

Je crois profondément qu’en chacun de nous réside non seulement la nécessité de créer mais aussi sa source. La créativité nous garde en vie (envie) et éloigne le désespoir.

Parfois cette créativité consiste en « peu » de chose (je parle ici de réalisation visible, concrète) car c’est moins de la forme que du fond dont il est question. Les enfants sont les champions pour créer sérieusement sans attacher d’importance aux suites. Ce sont de purs créatifs ; créateurs de mondes, rêveurs de réalités, inventeurs de chorégraphies, peintres sans limites… Ils n’attendent rien en retour de leur production.

Le geste créatif pur n’est pas un geste narcissique qui consiste à se mettre sous la lumière, ni même un geste destiné à d’autres, c’est un acte fondateur qui se suffit à lui même parce qu’il contient l’origine et la destination ; il se moque du jugement et n’a besoin de personne pour l’applaudir.

Mais alors, qu’en est-il du geste artistique ? Peut-on créer sans se soucier de la destination ? Et quelle est cette mystérieuse nécessité qui pousse le créatif à vouloir partager largement ?

Envie de reconnaissance et envie créative ne procèdent pas du même désir mais elles cohabitent chez l’artiste. L’une nourrit l’ego, l’autre nourrit l’estime de soi. Dans le premier cas on est dans l’attente et une certaine dépendance du regard de l’autre, dans le second on est autonome, pris dans l’action on se moque bien de la norme ou de la posture, on Joue !

On ne peut mépriser ni l’un ni l’autre (non, nous ne sommes pas de purs esprits!) mais à confondre les deux on risque non seulement de perdre son élan mais aussi l’évidence du Faire. Et pour l’artiste préoccupé de créer, tout l’enjeu consiste à trouver son point d’équilibre entre l’enfant intérieur (et joueur) et le « praticien » reconnu.

Bien sûr la frontière est un peu floue et cette garce peut jouer des tours ! Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, écrivait Rabelais. C’est vrai pour toute création. Pratiquer son art sans conscience et sans lucidité nous met à la merci des illusions.

Pour ma part, je me suis accommodée de la Garce en me partageant entre pratique et réflexion. Réfléchir et pratiquer, encore et encore. Repousser ses limites. Se faire artisan, ouvrier de son art. Polir son geste (tiens, ça me fait penser au calligraphe chinois qui peut répéter des années le même délié. La quintessence du geste artistique!) Autrement dit l’important est la création, pas le costume du gars-qui-crée.

Oui mais alors, et si tu passes à la Télé ? Et ton mur Fbook ? Et ta carte de visite ? Avec le développement des médias et l’exposition médiatique voilà que s’ouvrent grandes les portes de la créativité, de l’art et du quart d’heure de célébrité. Ce qui vous guette c’est la foudre du ticket gagnant et un public potentiel qui compte par millions ! Vertige… Si on est pas solidement ancré on se met à rêver de gloire immédiate, une gloire raz-de-marée qui démentira toutes les vieilles barbes qui vous serinent « au boulot » ! Surtout qu’il existe des arts particulièrement porteurs de fantasmes, l’écriture parce qu’elle « est à tout le monde », la photographie avec le numérique, la peinture… (on s’intronise peintre, écrivain ou photographe parce qu’on le vaut bien, comme dirait Loréal). On pourrait presque en oublier l’essentiel qui est le geste lui même.

N’importe quel art demande de la pratique. Renoir a peint des milliers d’assiettes. Mozart a enchaîné les gammes. Einstein a rêvé l’univers. Le talent ne suffit pas à faire l’artiste. Il ne faut pas confondre le rêve qui donne vie avec le fantasme qui fait naitre des illusions. C’est le rêve qui anime le monde, ce sont nos rêves qui le changeront. Et si parfois on s’égare dans l’illusion on peut toujours demander à l’enfant qui joue. L’enfant qui est en nous."

Virginie Jouannet


16 juil. 2016

Flaque


Ciel à Perros Guirec , un soir
photo CD





Me reste une petite flaque de ciel bleu...
Je me suis entraînée à y sauter dans ma baignoire. Raté !... et pas mieux. J'ai glissé et me suis fracassée le crâne. Avec tout ce sang j'ai peint des coquelicots sur ma fenêtre et puis j'ai posé ma tête disloquée sur mon oreiller. Je n'ai pas rêvé. Au matin, les coquelicots n'étaient plus qu'un long boyau rouge entortillé comme une pelote de chat sur le parquet. Sur la vitre, des traces de sang dégoulinantes formaient ces mots : "Ire adelante". Avec le bout de langue qu'il me restait, je les ai léchés. Ils avaient un goût de concombre avec en fond, une légère saveur de coriandre. Ça m'a plu. J'ai tout lapé. Après j'ai pris mon ramasse-bourrier pour y mettre la tripe ensanglantée qui gisait encore sur le sol comme une bête qui dort dans ses bras repliés. Doucement dans le congélateur, j'ai poussé les haricots surgelés pour lui faire de la place et l'ai rangée là bien au frais. Tout était redevenu comme avant, sauf ma gueule. 

Il y avait quand même ces arums dans leur vase, là sur ma table. C'est le sacristain du village qui me les avait offerts. Je déteste les arums. Quand je les regarde, mes joues se gonflent et ma lippe chipe le o du dégoût qui suinte le long de mon menton. Mon nez ne bouge pas, je le pince. Ces fleurs qui trompettent à tue-tête leur élégance racée puent la charogne. J'ai ouvert ma porte et les ai jetées avec leur eau brunâtre. Le facteur qui passait par là à vélo les a pris sur la tronche. Il m'a dit « Merci pour le galure ! Ça fleurit ma tournée ! ».

Après j'ai songé à cette flaque bleue. Parviendrai-je un jour à m'y plonger ? Je dois m'y efforcer. M'exercer encore quitte à me déglinguer tous les os. En caressant mon chat, j'ai roté. Le reflux dans ma bouche de guingois avait un arrière-goût de concombre mêlé d'adelante. Alors je suis sortie et suis allée marcher sur le bord des nuages noirs pour y repérer un rocher qui me servirait de tremplin. 
 
©CD, Juillet 2016