23 août 2016

Mots...


Les mots occupent en permanence mes yeux, mes oreilles, mon nez, ma bouche, mes mains, ma voix, tout quoi tout ce qui me permet d’entrer à l’extérieur. 
Là, au dehors, ils se cognent, se mélangent, creusent, s’embrassent, résonnent, correspondent, se colorent, explosent, éclatent, jonglent… 

Certains sont beaux, d'autres pas beaux, mais je les aime tous. Toujours ils me réjouissent.

Après je les passe au mixer et je les bois. J’aime leur jus. Il a le goût du commencement comme celui d’un verbe coupé mêlé à la rosée d’une aube. 

Exemple:
Je viens de découvrir que le Mot « salope » nous viendrait de « sale huppe », « sale comme une huppe » dirait-on ! … car cet oiseau enduirait son nid des matières les plus infectes. « Sale Huppe » serait aussi synonyme de « déloyale » et de « méprisable ».


 Huppe

16 août 2016

Dècherrance





 Yue Minjun

Perdus, le front bombé par leur dècherrance, ils marchent vers leur tanière.

Refuge. Là, on y geint, on y piaille, on y raille, on y hait, on s’y serre, s’y rassure. Et le monde n’est plus qu’une mosaïque de basses-cours où la boue des mares empeste la charogne. Nappes d’égouts où flotte un azote aussi acide qu’une idéologie. 

Reste le vent. 

J’ai loué les ailes d’un albatros et je pars loin des breuils où les bêtes se replient.

 
©CD

15 août 2016

Marie




J’ai conjugué le verbe aimer
A tous les temps de mes secondes
Depuis que tu t’es envolée
Vers les nuages d’un autre monde.
Je l’ai tant et tant tourmenté,
Que dans mon cœur et mon esprit,
Ses lettres se sont animées
Pour y graver ton nom Marie.


Ma source, ma mère, mon puits de vie
Ma mie, tu es partie si vite,
Que sur les draps blancs de ton lit
Qui te servaient de nouveau gîte,
Tu as oublier d’emporter
Ton doux sourire et ta gaieté,
Qui me restent comme un cadeau
Naviguant sur tous mes vaisseaux.


Nous n’avons même pas eu le temps
De nous laisser un dernier mot
Que j’aurais pu tisser longtemps
Sur l’étoffe de mes tempos.
Et je te l’aurais fredonné
Comme un doux secret partagé,
Entre les voiles de ma voix
Qui n’auraient bercé que pour toi.

Qu’importe cependant le verbe,
Tu m’as légué tant de pollen,
Qu’entre la rosée de mon herbe
J’y fais butiner ton haleine.
Ainsi je suis un peu de toi
Sur les sentiers de mon voyage,
Et quand par instants je me noie,
Je viens pleurer sous ton ombrage.


Ma source, ma mère, mon puits de vie,
Ma mie, tu es partie si vite,
Que sur les draps blancs de ton lit
Qui te servaient de nouveau gîte,
Tu as oublié d’emporter
Ton doux sourire et ta gaieté
Qui me restent comme une image
Que tu m’aurais donnée pour gage.


CD. 1985

* Marie Delalandre 1923 - 1984

13 août 2016

Lavande




Saisir le revenoir
et comme sur l’horloge
bleuir tous les aciers
En décaper l’ire
n’en garder que lavande...

CD

4 août 2016

"La première phrase est la clé..."







"N'exagérez-vous pas un peu lorsque vous prétendez qu'il suffit d'écrire la première phrase et qu'après, c'est tout bon ?"


"Ah, mais c'est vrai ! La première phrase est la clé. C'est le son, l'alliage parfait, l'aloi. L'aloi, c'est le son que fait une pièce de monnaie lorsqu'elle tombe. Il faut que le son soit juste. La première phrase, c'est cela, je vous assure. J'ai écrit dix fois la première de Vie de Joseph Roulin. Cela a duré dix mois. Je ne trouvais pas. Quand la phrase est tombée, je l'ai entendue. Elle sonnait juste. C'est elle qui donne la couleur, la colorature, comme disent les musiciens. Elle donne tout. Non pas que tout soit fini, il y a du boulot après, mais tout le texte se met sous cette tessiture-là"

Pierre Michon 
Propos recueillis par Martine Laval